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L’ Europe et le Temps

L’ Europe et le Temps

L’EUROPE ET LE TEMPS

C’est à la fin du XIIIe siècle, dans l’Europe occidentale chrétienne, que les mécanismes horlogers, destinés au départ à actionner les cloches marquant des moments religieux – heures de prières et d’offices,dates des fêtes mobiles – ont été imaginés puis réalisés.

Mais ce n’est pas le seul domaine dans lequel l’Europe s’est  manifestée dans cette recherche de toutes les civilisations pour comprendre la notion du temps.

LE TEMPS

Depuis sa naissance (- 40 000 ans) “l’homo sapiens socialisé”, a éprouvé le besoin, comme nous aujourd’hui, de se situer dans son environnement : l’espace et le temps.

Il lui a été aisé de se situer dans l’espace, réalité concrète facile à constater, à mesurer, alors que le temps est une notion abstraite qui s’impose à lui, et est indispensable à l’organisation de la société civile et religieuse ainsi qu’à l’établissement d’une chronologie. Pour le temps Il a cherché à :

  1. situer les événements et les phénomènes dans le passé, le présent et le futur, à rythmer les activités religieuses et civiles, à fixer une date, une durée.
  2. déterminer le temps d’un instant.

Les mouvements des astres et les saisons se sont imposés pour la compréhension de la notion du temps. Pendant des millénaires, toutes les civilisations ont cherché et trouvé des solutions.

L’Europe chrétienne y a très activement participé dont, pour ne citer que les plus significatives : le calendrier, l’horloge mécanique, le gnomon (ou méridienne).

 

LE CALENDRIER

Pour situer des événements dans le temps.

Il a été la première convention inventée par l’homme pour faire coïncider l’année civile avec l’année astronomique constatée par les mouvements de la terre, du soleil et de la lune. La difficulté est que les durées de ces mouvements ne sont pas des multiples entiers les uns des autres. Il a fallu 6 000 ans pour définir une convention acceptée quasiment par tous, le jour étant naturellement la base étalon.

Les premiers calendriers, sont apparus :

. – 4000 ans, lunaire en Mésopotamie, – 3 300 ans, solaire en Egypte, – 2 000 ans en Chine, Grèce –

. – 46  : calendrier Julien  (Jules César), solaire et bissextile, jour de l’an 1er Janvier

. – 1582 : le calendrier Grégorien (pape Grégoire XIII), inspiré du Julien, s’est peu à peu imposé à l’ensemble du monde. C’est celui universellement utilisé dans les relations internationales..

LES HORLOGES

Pour déterminer un moment et mesurer le temps.

De nombreux appareils ont été imaginés depuis au moins 4000 ans : gnomon, cadran solaire, puis clepsydre ou horloge à eau, astrolabe, sablier… dont la précision et l’utilisation délicate ont convenu aux activités humaines pendant des millénaires : déplacements à pied, à cheval ou cabotage en navires à voile, activités essentiellement agricoles rythmées par les saisons… Ces appareils sont devenus insuffisants pour les besoins grandissants d’une société en évolution, s’urbanisant et découvrant de nouveaux continents par navigation hauturière.

Et puis, fin du XIIIe siècle, dans l’Europe, une création totalement innovante est venue bouleverser la compréhension de la notion du temps et susciter des développements considérables dans tous les domaines :

L’HORLOGE MECANIQUE

C’est à la fin du XIIIe siècle flamboyant (1257 création de la Sorbonne, apogée de l’architecture gothique et d’un intense échange des idées, avant le début de la guerre de 100 ans en 1337) que la science occidentale s’est attachée à concevoir un mécanisme capable de réaliser des périodes de temps précises et invariables, indépendantes des cycles saisonniers : l’horloge mécanique.

On passe de l’heure temporaire à l’heure invariable.

 En 1330 l’heure est définie comme la 24e partie du jour, les minutes et les secondes sont définies à la  fin du XIVe siècle. Dès lors le temps matérialisé peut être mathématisé et acquiert le statut de temps scientifique, donc de grandeur mesurable. On en verra les conséquences dans la future compréhension de l’univers.

 

Prodigieuses recherches utilisant toutes les connaissances scientifiques, astronomiques, technologiques du moment, initiées dans les églises, abbayes, monastères, centres essentiels des échanges et diffusions des connaissances de l’Europe et de la Méditerranée, (en grec, latin, hébreux et arabe). Ce sont dans ces édifices que ces mécanismes totalement novateurs ont d’abord été installés, pour actionner les cloches sonnant les 7 heures canoniales et rythmant la vie civile du village et de la campagne.

 

Rapidement, au début du XIVe siècle, comprenant que la maîtrise du temps ne doit pas leur échapper, les autorités royales, seigneuriales et citadines ont installé les horloges dans leurs châteaux, tours, beffrois… En 1371, Charles V impose aux églises de Paris d’ajuster leurs sonneries sur l’horloge du Palais du roi.

L’horloge est symbole de progrès, de puissance et de prospérité.

 

Quelques dates :

1254 – horloge sans cadran, cathédrale d’Exeter, disparue

1327 – horloge à cadran, abbaye de St Alban près de Londres

1370 – horloge de Charles V, Palais de Justice de Paris

1407 – horloge astrolabique, cathédrale de Chartres (restaurée en 2010 par le CECH).

 

L’horloge, en plus de faire sonner les cloches, fournit par son cadran de nombreuses informations : les heures, le zodiac (les saisons), lever et coucher du soleil, hauteur du soleil, mois lunaires, phases de la lune….

 

La réalisation d’un tel mécanisme complexe a été le fruit d’une coopération remarquable entre des hommes et des milieux sociaux différents : religieux, savants, astronomes, mathématiciens, et artisans spécialisés dans la connaissance et le travail des métaux : forgerons, armuriers, orfèvres…

C’est aussi l’origine de la technologie et de tous les progrès qui ont suivi, dont la machine outil.

 

Mais la précision des premiers mécanismes qui n’était que de 45 min par jour a dû, sous la pression des besoins grandissants de l’activité humaine, constamment s’améliorer, utilisant les progrès des découvertes scientifiques, à commencer par le pendule (1583 Galilée, 1657 Huygens), puis les vibrations du quartz, puis celles de l’atome …

 

LE GNOMON ou LA MERIDIENNE

Pour améliorer la précision de la mesure du temps.

Le gnomon est un instrument scientifique constitué par une ligne représentant le méridien terrestre du lieu, tracée sur le sol, recevant un rayon de soleil qui traverse un orifice ménagé dans la paroi sud d’un édifice. Il est destiné à donner le midi solaire exact, et fait office de calendrier, notamment pour la détermination des dates des équinoxes et solstices, et celle de Pâques.

Les méridiennes ont commencé à être installées dans de nombreuses cathédrales européennes au milieu du XVIe siècle. Chaque ligne méridienne est calculée en fonction de sa situation précise sur la terre (latitude, longitude) faisant donc appel à la science astronomique. Les grandes dimensions des édifices religieux permettaient d’installer ces « méridiennes » dans les meilleures conditions. Ils étaient les lieux des recherches astronomiques et de contrôle du temps cosmique.

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Le gnomon de St Sulpice à Paris a été « un observatoire solaire à la pointe de larecherche mondiale »,      singulièrement par les Cassini directeurs de l’Observatoire de Paris, pour observer les variations de l’obliquité de l’axe de la terre en 1763.

 

 

 

 

 

EUROPE  – ETAPES DETERMINANTES

Calendrier grégorien : amélioration d’une convention ancienne devenue universelle.

Gnomon : amélioration d’un observatoire solaire.

Horloge mécanique : totale innovation bouleversant  la compréhension du temps.

 

Ces trois éléments de mise au point ou de création illustrent la place importante que notre Europe chrétienne a occupée dans cette formidable aventure humaine de la détermination du temps, et qui s’est propagée sur le monde. L’horloge mécanique, à la fin du XIIIe siècle, tout particulièrement, a substitué une construction scientifique et technologique inventée par l’homme à l’observation de la nature, et permis la conception d’un temps scientifique nécessaire aux besoins des activités humaines et à la compréhension de l’univers. Pour situer un lieu, pour les déplacements sur la terre ou dans l’espace, pour l’informatique, le GPS, la cosmologie…., un temps extrêmement précis est recherché. Au fil des siècles l’étalon temps est passé de la journée à l’heure, la minute, la seconde. Aujourd’hui c’est le milliardième de seconde.

 

Ceci a ouvert des perspectives de développements considérables et en constante accélération. Quelques dates :

–       4000 : calendrier, base étalon temps : jour

–       1330 : l’heure invariable 24e partie du jour

–       1657 : la précision passe de 45min/jour à 2min/jour –  Christian Huygens, horloge à pendule

–       1760 : garde-temps, balancier, spirale,  Ferdinand Berthoud, précision 1 sec/jour

–       1884 : fuseaux horaires, heure GMT

–       1905/1916 : Einstein, relativité restreinte et générale (E=mc2), Temps Quatrième dimension de l’univers

–       1968 : horloge atomique au césium 133 : précision 1 sec par 300 000 ans

–       1983 :  le temps définit le mètre étalon, donc l’espace

–       début XXIe : horloge à réseau optique : milliardième de seconde sur des centaines de millions d’années.

La mesure du temps est la plus précise de toute les unités de mesure

 

Dans ce domaine du temps, l’Europe, berceau de progrès novateurs à la fin du XIIIe siècle, a été un acteur déterminant, ce qui explique l’intérêt que notre association, le CECH, porte aux mécanismes horlogers d’édifices et aux ensembles campanaires, patrimoine insuffisamment connu et sauvegardé.

 

Bernard Larmigny,

Administrateur du CECH