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La mesure du temps dans la cathédrale de Chartres

La mesure du temps dans la  cathédrale de Chartres

LE TEMPS PUBLIC

Dans le haut Moyen Age, l’emprise progressive de la religion catholique et la prédominance absolue de l’agriculture structurent la vie des hommes.

La vie quotidienne est alors marquée par des signaux codifiés marquant toutes les activités humaines. Ils sont émis par les cloches frappées par les soins d’un préposé aux sonneries.

L’information dépend de la probité des sonneurs et d’instants déterminés par les cadrans solaires, les horloges à eau, les chandelles graduées et à partir du XIIIe siècle, les sabliers.

Au cœur de Chartres, autour de la cathédrale consacrée en 1260, le commerce se développe : marché aux blés, halle au pain, halle aux merciers, foires étroitement liées aux institutions religieuses.

Le serrurier-horloger Philipot MAUVOISIN est chargé en 1392 de forger une horloge qui sonne mécaniquement comme celle, publique, installée sur ordre de CHARLES V sur son Palais aujourd’hui Palais de Justice à Paris.

Horloge tour nord 4

Horloge de la tour nord de Chartres. © Donique Cohas.

Au Moyen Age et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la forge, le compas et la lime sont les seuls moyens pour fabriquer les horloges d’édifices. Armureries et forgerons en sont les seuls réalisateurs.

L’horloger, comme le fondeur de cloche, se déplace sur le lieu où sera installée l’horloge et se fait assister d’aides disponibles sur place.

Une fois l’horloge terminée, l’horloger ou un gouverneur est logé sur place afin de pourvoir à l’entretien des mécanismes (remontage des poids moteurs effectué alors plusieurs fois par jour, mise à l’heure, etc.).

En 1519, l’horloge est transférée dans un élégant pavillon de style Renaissance, œuvre de JEHAN de BEAUCE, de son vrai nom : Jean TIXIER.

2 cadran© Dominique Cohas.

Elle indique alors l’heure sur un cadran à une seule aiguille, divisé selon les vingt-quatre parties de la journée et commande la sonnerie sur un timbre (cloche sans battant), ultérieurement épargné par les révolutionnaires et installé au sommet de la tour Nord.

Cloche et marteau

Cloche sans battant. © Dominique Cohas.

Ce timbre de près de cinq tonnes et d’un mètre quatre vingt douze de diamètre, a été fondu par Pierre SAVYET ou SAUGET le 23 septembre 1520.

Compte tenu des coûts de fabrication particulièrement élevés, toute horloge d’édifice est soigneusement réparée et même modernisée en fonction des évolutions techniques de l’horlogerie.

Le mécanisme de Philipot MAUVOISIN n’échappe pas à la règle. Vers 1676 l’horloge est dotée d’un pendule en lieu et place du foliot d’origine.

Malgré les soins apportés, le vénérable mécanisme doit être remplacé en 1887 par un système qui, d’une part, actionne l’unique aiguille du cadran divisé en vingt-quatre heures, d’autre part déclenche électriquement un mécanisme du à MM. BRAULT et TEISSET.

Horloge 1887-2

© Dominique Cohas.

Ce dernier, installé dans la tour Nord et utilisé jusqu’en 1991 est actionné par un poids d’environ une tonne descendant à une profondeur de 25m. Il frappe sur le timbre de Pierre SAVYET. L’horloge de MAUVOISIN a été restaurée en 1991.

Le mécanisme de BRAULT et TEISSET, toujours en place, a été remplacé par un système électrique de déclenchement du timbre.

 

LE TEMPS RELIGIEUX

 

Antérieurement à l’apparition de l’horloge mécanique à échappement, rouages et poids moteur, le cadran solaire servait aussi bien à indiquer le temps public que le temps religieux.

De part sa localisation au pied de la tour Nord et porté par un ange, statue du XIIe siècle, un cadran à heures temporelles indiquait le temps religieux. Il fut remplacé en 1528 par un cadran à heures égales destiné à remettre à l’heure l’horloge astronomique installée à cette date dans le chœur.

Cadran solaire ange 2

Cadran solaire à l’ange. © Donique Cohas.

Pour l’église, l’usage du cadran solaire est primordial et celle-ci a dû recourir aux savants et à leurs instruments de mesure afin de déterminer la date de Pâques.

Ceci implique de prévoir longtemps à l’avance la date de l’équinoxe de Printemps afin de pouvoir préparer la fête religieuse, déterminer les fêtes mobiles qui en dépendent et imposer un calendrier identique à toute la chrétienté.

Au Moyen Age, les arts et les connaissances scientifiques sont presque exclusivement cultivés par les religieux qui pour la réglementation des offices, ont besoin d’une subdivision précise du jour et de la nuit.

Ainsi, les premières horloges simples ou astronomiques sont-elles placées à l’intérieur des églises et non sur les clochers.

A Chartres les deux parois formant la clôture du chœur sont distantes entre elles d’un mètre cinquante environ.

Avec les piliers elles constituent des compartiments servant de chapelle pour les uns, de dortoirs aux sonneurs et aux marguilliers pour d’autres.

Autrefois, deux de ces réduits étaient surmontés de dômes renfermant l’un un carillon servant de réveille-matin et l’autre une horloge astronomique.

Le carillon disparut à la Révolution.

L’horloge astronomique est mentionnée dès 1407 mais est peut-être antérieure de quelques années. Son emplacement initial reste inconnu.

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Horloge astrolabique. © Dominique Colas.

 

Bien que son mécanisme ait été employé à forger des piques lors de la Révolution, son cadran restauré en 2006 et les rouages chargés de l’animer sont toujours en place.

D’une configuration particulière, elle constitue avec l’horloge de la cathédrale de Bourges (remise en état en 1994) les deux seuls exemplaires de ce type conservés et connus dans le monde.

Son cadran d’un mètre environ de diamètre indique les vingt-quatre heures de la journée, le temps vrai ou temps solaire, les phases de la lune durant un cycle lunaire, et, peints sur un disque, les signes du zodiaque correspondants aux mois de l’année. Ce disque décrivait un tour en un jour sidéral et représentait la marche annuelle du Soleil dans l’écliptique.

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© Dominique Cohas.

Avec ces indications, il était possible de prévoir et de déterminer la date de Pâques.

De plus l’unique aiguille de l’heure est munie d’une fente longitudinale dans laquelle un petit soleil se déplaçait afin d’indiquer la hauteur de l’astre en fonction des périodes de l’année.Le moment où celui-ci apparaissait ou disparaissait derrière une plaque métallique figurant l’horizon de Chartres mentionnait les heures de lever et de coucher du soleil.

A la fin du XVIe siècle, le calendrier promulgué par Jules CESAR est en retard de dix jours par rapport à la position des astres et le pape GREGOIRE XIII prend la décision de le réformer en se faisant aider par des astronomes.

Les cadrans solaires méridiens conçus pour indiquer avec précision l’instant de midi s’imposent alors pour déterminer la date de Pâques.

L’intérieur des cathédrales est idéal pour installer ces instruments. Obscures, on y distingue facilement l’impact lumineux du rayon solaire (lequel traverse un mur ou un vitrail par un orifice calculé avec précision) sur le dallage préalablement gravé.

En outre les édifices religieux sont les plus vastes bâtiments de l’époque et leurs dimensions leur permettent d’accueillir de longues méridiennes lesquelles offrent une grande précision de mesure.

C’est ainsi que les cathédrales, au demeurant construites sous l’autorité de la cité, maison de Dieu où se déroule la liturgie, maison du peuple dans laquelle se tiennent fêtes et réunions se transforment en véritables observatoires astronomiques.

Sur le sol du transept de la cathédrale de Chartres un clou éclairé par un rayon solaire le 21 juin à midi est l’unique témoignage d’une méridienne calculée et installée en 1701 par le chanoine Claude ESTIENNE. Elle permettait la remise à l’heure de l’horloge astronomique.

Une autre méridienne également du XVIIIe siècle fut installée sur la face méridionale du Clocher vieux.

 Méridienne extérieure

© Dominique Cohas.

Après 1750, suite à l’amélioration des télescopes les méridiennes deviennent obsolètes. Toutefois les anciennes sont conservées et de nouvelles sont construites. Les cathédrales deviennent alors des centres de chronométrie où l’on vient à midi régler sa montre.

Mais la cathédrale reste avant tout un lieu d’élévation de l’esprit, construite à une époque où sculpture et vitrail contribuent d’une manière imagée à instruire les habitants de la cité.

Selon un concept théologique et non astronomique, la cathédrale est bâtie, si les contraintes du terrain le permettent, selon un axe est-ouest, le soleil se levant côté chœur, symbolisant Espérance et Rénovation.

Toutefois le travail de la terre occupe une large place au travers des calendriers sculptés dans la pierre.

A Chartres notamment les signes du zodiaque et les activités qui leur correspondent sont disposées de manière à rappeler la course du soleil tout au long de l’année.

Fréquemment la déesse JANUS qui donna son nom au premier mois de l’année, symbolise par ses deux têtes le passé et le futur.

Dominique Fléchon, ancien Président du CECH